En allumant la radio hier matin, qu’entends-je ? L’Euro a franchi un nouveau palier face au dollar à 1,307 € pour 1,00 $... Mes premières réactions ont été d’abord
celle d’un consommateur lambda:
«- L’essence devrait baisser alors, puisque le pétrole se paie en dollar… Et puis les prix de la grande consommation
vont baisser, avec tout ce qu’ils importent d’Asie !!! »
Dans la seconde qui a suivi, mon scepticisme a pris le dessus :
« - Remarque, ce n’est pas la première fois que le dollar baisse, voire même le pétrole, et mon plein d’essence ne
varie pas tant que cela… Et puis depuis le passage à l’Euro, les prix ont tout de même vachement augmenté… »
Dans la seconde suivante, il y a la petite voix du cadre en entreprise qui est intervenue :
« - Super, notre marge va encore grimper de façon significative… »
Mais globalement, qu’en est-il réellement pour nous ? Qui gagne, qui perd ??? Toutes les réponses ne sont pas
dans ce qui suit, et je ne compte pas me lancer dans l’écriture d’un livre sur la complexité des fixations de parité et des enjeux internationaux qui en découlent, mais je voulais apporter ma
pierre à l’édifice, en revenant sur les principaux arguments que j’ai entendu dans les médias :
- Le dollar baisse : cela va encore générer des délocalisations. Je ne partage pas ce point de vue. La France est championne
du monde pour trouver des excuses externes à ses problèmes internes. Les délocalisations sont un problème de fond lié au coût de la main d’œuvre en France. Le poids des charges sociales, les 35
heures, et l’impossibilité d’avoir un véritable dialogue social dans notre pays est la principale cause de ce phénomène. La deuxième grande cause est le comportement global de la société de
consommation. Quand je souhaite m’acheter un T-shirt à moins de 10€, il ne faut pas que je m’étonne de sa provenance. Par ailleurs, une délocalisation relève d’une stratégie à long terme, et ne
se décrète pas au lendemain de la performance d’une devise. A ce jeu, les mouvements seraient incessants dans un sens comme dans l’autre. Cependant, une tendance de fond sur la baisse du dollar
peut accélérer le processus de décision qui conduit à cette délocalisation.
- Les délocalisations sont la cause de la baisse de la
consommation : Nous avons ici un souci de reclassement des postes supprimés. Combien de métiers d’aujourd’hui n’existaient pas il y a
dix ans ? Combien de métiers nouveaux y aura-t-il dans dix ans ? Notre souci est la gestion des générations intermédiaires, qui ne peuvent se reconvertir dans les métiers de services et
dont le besoin pour nos entreprises, en France, diminue. Dans ce domaine, sommes-nous en train de construire une génération sacrifiée ? Dans tous les cas, cela influe sans doute sur le
creusement des écarts entre les diverses strates de la société. Il y aurait ici un parallèle à faire sur l’évolution des positionnements produit tel que nous le constatons sur le marché :
Entre le premier prix et le haut de gamme, il n’existe plus (de moins en moins) de moyen de gamme… Est-ce concomitant ? Peut découler ensuite la question de l’élasticité prix/volume :
Quand Carrefour fait une campagne de couettes à 5 € à la rentrée, je pense qu’il se tire une balle dans le pied… Vous la renouvelez souvent, vous, votre couette ???
- Le dollar
baisse : cela va pénaliser nos exportations.
o Oui, et le gap à
combler est considérable. Le Figaro rapportait sur son site le 10 novembre
dernier : « De fait, les entreprises françaises, secteur aéronautique en tête, se plaignent de la cherté de l'euro. « Airbus fabrique dans la
zone euro, mais vend en dollar, souligne un analyste. En 2005, son résultat opérationnel a été diminué de 670 millions d'euros pour cette unique raison.» L’effet de change... Mais, une entreprise de cette taille n’a pas de politique de couverture de change ??? Dans le même article, à propos de
Bénéteau : « Bénéteau se protège en achetant des devises à l'avance et en produisant dans la zone
dollar » et d’Astom : « Paradoxalement, l'industriel Alstom, qui réalise 90 % de son chiffre
d'affaires à l'étranger, se montre serein : « Nous avons sécurisé, en devises, l'équivalent des contrats que nous avons remportés à ce jour, aussi nous sommes tranquilles pour
plusieurs mois. » » Donc, c’est possible !
o Et non, car il convient de relativiser ces propos : le premier partenaire commercial de la France, c’est
l’Europe ! Et, jusqu’à la preuve du contraire, nous travaillons ici en euros… Là encore, stigmatiser le dollar nous permet de ne pas regarder de trop près les raisons qui font que nous
sommes moins compétitifs même au sein de l’Europe…
- La solution ??? J’aime assez la conclusion de Dominique Seux (Les Echos) qui
écrit dans son article du 27 novembre: « Mais l'important, c'est aussi de savoir si les critiques exprimées sur le niveau de l'euro sont efficaces et si
elles peuvent faire avancer la cause de l'Europe pour qu'elle devienne, dans ce domaine, actrice et non plus seulement spectatrice, tandis que les Etats-Unis et la Chine organisent leur politique
de change en fonction de leurs intérêts propres. La réponse est connue : c'est non, en tout cas actuellement. La France est pour l'instant presque la seule à s'en prendre ainsi à la BCE.
L'Allemagne notamment, dont le poids politique va s'accroître avec son retour à meilleure fortune économique, ne la suit pas dans cette direction. C'est bien la capacité des membres de la zone
euro, qui n'ont pas fait de l'Eurogroupe le centre de pouvoir attendu, à tenir un discours commun, à rapprocher leurs politiques budgétaire, fiscale et structurelle qui est en
cause. »
Mais au fait, quand on dit de quelque chose qu’il est « fort »… Cela est rarement une faiblesse,
non ? Ahhh, la France...
Allez, bonne journée…
Les articles cités sont :
Le Figaro.fr : L'euro fort s'invite dans la
campagne
Les Echos.fr : L'euro
fort, bouc émissaire